La Fille De La Maison Sans Fin / Fata Din Casa Vagon

Ana Maria Sandu | August 13, 2008
Translated by: Fanny Chartres

 

Le livre
La Fille de la maison sans fin est un roman sur l’identité et le hasard. Il dévoile les histoires qui peuvent se cacher derrière la naissance de chacun d’entre nous et que nous n’apprenons jamais. La Fille de la maison sans fin est un roman en trois parties.
 

Première partie du roman

La première partie de l’histoire est la plus poétique. Ina (petite fille de 10 ans d’Ileana et de Stefan) ouvre le roman en nous racontant une histoire étrange, cruelle et contorsionnée. Ses parents sont restés des adolescents : Ileana, sa mère (à laquelle elle est très attachée) est dépressive et se comporte de manière très étrange, tandis que Stefan, son père, ne parvient pas à trouver sa place et crée des scandales dès qu’il se met à boire. La jeune Ina essaie d’ignorer les propos qu’ont sa grand-mère et les autres sur ses parents. Elle essaie de comprendre et voit un lien entre les reproches de sa grand-mère envers Ileana et le comportement de Stefan quand il boit et qu’elle ne le reconnaît plus. Le « je » qui nous narre cette histoire est le « je » d’une fillette de 10 ans, les faits, les événements et les sensations prennent ainsi une tournure fantastique, une forme de conte onirique et cruel. Aussi cruelle que soit la réalité des faits, il flotte dans cette famille, parmi ces êtres de chair et de sang, parmi ces êtres aux âmes grises et blanches à la fois, un air magique.
Ileana (la mère d’Ina) est le personnage principal de cette première partie. Par la voix de sa petite fille, son portrait soigné et détaillé offre les plus belles pages de ce roman. Avec pudeur et justesse, les événements marquants de sa vie nous sont révélés : la mort de son père atteint d’une pneumonie, la relation tourmentée avec sa mère, Viorica. L’histoire familiale est complexe et douloureuse, elle est une toile d’araignée, dans laquelle le personnage principal, est lui aussi loin d’être lisse. Ileana est un être abusé moralement, encore en proie à un passé et à des fantômes dont elle ne peut s’échapper. Le malheur d’Ileana et son pouvoir d’imagination conditionneront tout son destin.
L’enfance d’Ileana est ébranlée pour la première fois quand son père, Ion, le cordonnier, meurt d’une pleurésie pulmonaire. La manière dont la fillette ressent et décrit la mort de cet homme, celui qu’elle aime le plus sur terre, est d’une force vibrante et saisissante, presque tactile, épidermique. La période heureuse de sa vie est désormais derrière elle. Duduta, son amie d’enfance, constituera son seul point d’ancrage, son seul soutien, son seul lien avec la vie.
Cependant, le poids émotionnel est trop lourd pour la fillette. Lors d’une sortie avec Duduta, elle va tenter de mettre fin à ses jours dans la rivière où elle a pris l’habitude de se baigner, espérant ainsi pouvoir retrouver son père mort.
 

Deuxième partie du roman

Ina (l’enfant de la première partie du roman) est aujourd’hui étudiante, elle a 22 ans et porte sur sa vie passée le regard inquiet de l’adulte qu’elle est devenue Elle a compris des choses, elle a appris certains détails sur ses parents : deux adolescents qui sont restés ensemble parce qu’elle est née et qu’elle a conditionné d’une certaine manière leurs vies. Ils ont raté leurs vies. Ils ont sacrifié les rêves qu’ils avaient à 17 ans. Stefan n’a jamais cessé de boire et à délaissé sa famille, comme s’il avait accepté très tôt de signer son acte de mort. Ileana, quant à elle, s’est résignée, mais est restée une femme profondément immature d’un point de vue émotionnel. Le rapport mère-fille est inversé ; Ina devient la mère d’Ileana.
Les années ont passé sans qu’Ileana ait véritablement vécu des moments de bonheur. Elle n’en a pas eu le temps, pas eu le droit, tout est arrivé trop rapidement pour elle. Elle n’a jamais pu choisir.
Ina verra dans l’histoire d’amour de sa mère avec un homme mûr mais marié, un signe d’encouragement pour leur futur. Mais le désespoir d’Ileana et sa très grande sensibilité deviennent au final trop insupportables. Elle se suicide. Son geste n’est en fait que le prolongement et l’achèvement de celui de la première partie lorsqu’enfant elle avait essayé de se noyer. La boucle se boucle.
Cette deuxième partie révèle d’autres strates dans l’histoire familiale d’Ileana. Celle de sa mère, Viorica, et la façon dont elle a découvert que son mari, Ion, la trompait. Un fait qui changera à son tour le cours de son destin et sera à l’origine de ce rapport complexe qu’elle entretient avec Ileana, une relation troublée par des non-dits et des souffrances cachées ou refoulées.
 

Troisième partie du roman

Le style change avec la troisième et dernière partie du roman. Dans les deux premières parties, les choses flottaient quelque part entre rêve et réalité même si les situations et les personnages étaient profondément sombres. Dans la troisième partie, toute la biographie fantasmagorique d’Ileana se démembre, elle vole en éclats tel un édifice projeté en l’air
Ileana est une adolescente enceinte et déboussolée. Son histoire d’amour avec Stefan a commencé une nuit, lors d’une fête bien arrosée. Stefan a la passion du jeu et une tendance à devenir violent quand il se met à boire. Nous sommes dans les années 70, dans la Roumanie communiste et oppressive. Tout est interdit : les jeux de hasard, l’avortement...
Ileana part à la mer avec Stefan, à Costinesti, la station balnéaire des jeunes et de la jeunesse, un coin de paradis pour l’époque. Un soir, Stefan laisse Ileana en discothèque (l’atmosphère de ces années particulières y est brillamment décrite). Il part jouer au poker afin de se procurer un peu d’argent. Dinu, le meilleur ami de Stefan, a décidé de rejoindre le couple sur la côte. Il rencontre Ileana à la discothèque de la station de Costinesti. Tous deux partent à la recherche de Stefan car celui-ci n’est toujours pas rentré de sa partie de jeu illégal. Ils le retrouvent finalement mais Stefan est ivre et extrêmement violent. Une altercation entre les deux garçons a lieu. Ileana est terrorisée, elle ne reconnaît plus le garçon duquel elle croyait être tombée amoureuse. Elle restera cette nuit-là avec Dinu. Plus par peur que par plaisir, elle couchera avec lui. De retour de vacances, Ileana découvre qu’elle est enceinte. Durant les trois premiers mois de sa grossesse, elle ne fait qu’imaginer ce que serait la vie de son enfant si elle choisissait de le mettre au monde. Ina n’est qu’une projection dans le temps, Ileana n’a fait qu’imaginer comment aurait pu être sa vie si l’enfant était né. Ina (le personnage qui nous raconte les deux premières histoires) n’a jamais existé.
La troisième partie du livre est donc l’expression du désenchantement. Duduta, l’amie d’enfance d’Ileana, trouve un médecin qui effectuera sur Ileana un avortement illégal sur la table de cuisine d’un appartement. Le livre se clôt avec cet avortement, qui réordonne tout. Après avoir cru que le malheur était héréditaire comme n’importe qu’elle autre maladie, Ileana choisit d’essayer de fuir de cette maison-vagon, cette maison sans fin.
 
La maison sans fin renvoie au concept architectural de la maison roumaine : des pièces qui communiquent entre elles, deux portes et pas la moindre intimité. On passe de l’une à l’autre. C’est le type même des maisons construites dans les années 1960-1970 en Roumanie, dans les quartiers les plus modestes des villes.
Dans le livre, la maison sans fin est le piège parfait. Un lieu peuplé de fantômes un espace duquel le personnage principal veut s’échapper, comme il veut s’échapper de son histoire familiale triste et contorsionnée.
La combinaison de la noirceur et de la beauté, de la cruauté et de la poésie constitue le son et l’âme de ce livre.
 
« La réussite de La Fille de la maison sans fin est liée à la très grande poésie des évocations, des souvenirs et des fantasmes de tous les personnages, qui ne sont que les avatars d’une seule et même voix éminemment féminine. Tout ce que l’on peut espérer maintenant est que ce roman fort, étrange et tellement original réussisse à imposer Ana Maria Sandu parmi les écrivains qui comptent » (Mircea Cartarescu)
 
 
 
Chroniques parues dans la presse
 
Simona Sora, dans Dilema n° 150 (8 décembre, 2006)
 
« La Fille de la maison sans fin devient grâce à une maîtrise stylistique parfaite une possibilité biographique mais aussi ontologique, où tout est incertain et relatif – des identités pluriformes aux situations hallucinatoires ou authentiques jusqu’au dénouement final salvateur. Ce livre mérite alors une seconde lecture, qui relativise tout, jusqu’à l’éventualité même d’une lecture psychanalytique envisagée au départ. Par cette relecture, la vérité biographique minimale est remplacée dans un glissement ingénieux et organique, par la vérité de la littérature. Ceci est la « solution » d’Ana Maria Sandu : dépasser la poésie narrative du genre biographique fataliste et minimaliste en vogue chez une majeure partie des écrivains de sa génération. Avec ce roman surprenant et dense, la poète est devenue une des plus originales et intéressantes prosatrices de notre littérature d’aujourd’hui »
 

Paul Cernat dans Suplimentul Bucurestiul cultural, n° 26

 
«  J’ai découvert un livre fantasmatique, obsessionnel et profond, proche des textes de Max Blecher, une atmosphère trouble, d’une tristesse et d’une cruauté sans violence ni larmoiement, camouflant avec discrétion un fond sentimental profond. Un esthétisme qui ne provient pas d’un maniérisme littéraire poussé à l’excès mais de la transcription fidèle des émotions, des sensations, des obsessions et des fantasmes. Une voix calme, grave au timbre presque « classique », un mélange de naïveté jouée et de maturité troublée. Une simplicité derrière laquelle les ombres grises se débattent… »
 
Bogdan Romaniuc, dansSuplimentul de cultura, 1-16 Noiembrie, 2007:
 
« Ana Maria Sandu utilise dans La Fille de la maison sans fin, à l’instar de Vladimir Nabokov dans Ada et l’ardeur, le procédé dit de la « boîte chinoise » ou de la « poupée russe », et ce procédé fonctionne admirablement : l’écrivain introduit avec délicatesse et talent, le mystère et l’ambiguïté propres à ces histoires et à leurs personnages »
 
Bianca Burta-Cernat, 21 decembrie 2006, Observator cultural
« Tel un halo, il flotte sur le roman d’Ana Maria Sandu une poésie étrange, angoissante. Un roman aux contours fluides, trompeurs, en harmonie avec la fluidité des fantasmes qui oppriment le mental des personnages. La plongée téméraire dans les souterrains interlopes de l’âme. La Fille de la maison sans fin est une partition remarquable dans laquelle la plume d’Ana Maria Sandu rencontre sa vocation indéniable pour l’art littéraire »
 

Adina Dinitoiu, décembre 2006,Dilemateca

« La Fille de la maison sans fin, est sans aucun doute l’un des meilleurs romans de l’année »
 
 
L’auteur
Ana Maria Sandu – née en 1974 – a une licence de lettres (Université de Bucarest) et un Master de littérature roumaine contemporaine.
En 2003, elle publie Les Souvenirs d’un Chelbasan (Ed. Parelela 45), un poème épique remarqué par les jurys des prix littéraires les plus renommés.
En 2006, Ana Maria Sandu publie le roman, La Fille de la maison sans fin (Ed. Polirom – Collection Ego.Proza) – une histoire cruelle sur l’identité et le destin. Trois histoires alternatives, pour une même histoire d’amour, dans la Roumanie des années 70.
La Fille de la maison sans fin fait partie des romans ayant obtenu les meilleures critiques de l’année. En 2007, Ana Maria Sandu a été le premier écrivain roumain à participer à l’International First Novel Festival Budapest (invitée par l’Institut culturel roumain de Budapest) aux côtés de 12 autres écrivains européens.
  • Elle écrit également des essais et des critiques pour les revues :Vineri, Dilema, Cosmopolitan, Atitudini, Noua Literatura, Glamour. Elle est actuellement rédactrice en chef de Re:publik, revue de films, de musique et de culture urbaine.

 

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